Quelles perspectives pour le Pays de Châteaubriant ? – Conférence-Débat n°1

Quelles perspectives pour le Pays de Châteaubriant ? – Conférence-Débat n°1

La 1ère Conférence – Débat du cycle de conférence dédié aux grands enjeux d’aménagement du Pays de Châteaubriant s’est déroulée le Mercredi 9 décembre 2009 à 20h à Saint Vincent des Landes, à l’espace Campagn’Arts

Au programme … L’aménagement du territoire Quelles perspectives pour le Pays de Châteaubriant ? Cette conférence était animée par Jean Ollivro, géographe à la Faculté Rennes I.

 

Présentation de Jean OLLIVRO

Jean Ollivro est géographe, spécialiste de l’aménagement du territoire et du développement régional. Il est professeur à l’Université de Rennes 2 et enseigne également à l’Institut d’études politiques de Rennes.

Les transports, la vitesse et la Bretagne sont ses principaux thèmes de recherche. Dans le cadre d’une géographie sociale des transports, il a introduit le concept de « classe mobile », qui permet d’envisager les ségrégations sociales liées aux possibilités d’accès aux moyens de transports : la mobilité est choisie pour certains, subie pour d’autres.

Concernant le développement économique, il met en avant le rôle joué par l’agriculture et l’agro-alimentaire dans l’Ouest de la France et fait des propositions pour aider ces secteurs à se faire reconnaître comme acteurs du développement local.

Jean Ollivro est également président de Bretagne Prospective. Cette association est un laboratoire d’idées, indépendant, dédié au développement de la Bretagne et de ses territoires. Pour la rédaction du Livre blanc de la Bretagne, 200 décideurs bretons se sont mobilisés de façon bénévole pendant plus d’un an pour réfléchir et apporter des solutions clés en main pour que la Bretagne connaisse une nouvelle phase de développement économique et humain.

Bibliographie

  • Le livre blanc de la Bretagne, enjeux et perspectives, Bretagne prospective, Édition du Temps. 2008
  • La machine France. Le centralisme ou la démocratie ? Édition du Temps. 2006
  • Quand la vitesse change le monde, Éditions Apogée, 2006
  • 150 ans d’évolution démographique, Sodis, 2005
  • Les paradoxes de la Bretagne, Éditions Apogée, 2005
  • La Bretagne réunifiée, une véritable région européenne ouverte sur le monde, les portes du large, 2001. (avec la coll. de Joseph Martray)
  • La Bretagne au cœur du monde nouveau, les portes du large, 2001. (avec la coll. de Joseph Martray)
  • L’homme à toutes vitesses De la lenteur homogène à la rapidité différenciée. Sodis. 2000.
  • Bretagne 2000. Presses universitaires de Rennes. 2000.

Vous trouverez ici une publication de Bretagne Prospective.

 

Compte-rendu de la Conférence N°1

En tant que géographe Jean Ollivro caractérise le Pays comme un des territoires ruraux de la Bretagne à 5 départements.

Partant de ce postulat, il propose d’abord une présentation des défis auxquels devra faire face le Pays de Châteaubriant, puis, sur une approche prospective, différents scénarii possibles d’évolution pour le territoire.

A – Les 3 défis majeur du Pays de Châteaubriant

Le 1er défi est territorial / spatial :

Le Pays de Châteaubriant, à l’instar des autres territoires ruraux bretons, a connu un déclin démographique en 150 ans. Sur les 10 dernières années, par contre, la partie Ouest du Pays est beaucoup plus dynamique. Elle connaît une très forte attractivité car le foncier est moins cher que dans les métropoles proches : Nantes et Rennes.

Les grands aménagements prévus par la Région : l’aéroport de Notre Dame des Landes, l’axe Rennes Angers, en voie d’achèvement et le tram – train Nantes – Châteaubriant constituent des facteurs très importants pour l’attractivité démographique du territoire.

Le second défi est démographique et social.

Si la périurbanisation se poursuit, le Pays de Châteaubriant sera concerné par un afflux de population qu’il faudra gérer.

Il s’accompagne d’un défi social. En effet, le revenu fiscal dans le Pays de Châteaubriant est l’un des plus faible de Bretagne. Cela s’explique à la fois par la prépondérance des activités agricoles et artisanales, avec des retraites souvent dérisoires. Mais aussi par le phénomène de périurbanisation et les coûts de déplacement qu’elle induit.

Jean Ollivro prévoit une sorte de cataclysme écologique où les gens auront de plus en plus de mal à se déplacer et en parallèle la chute des grandes métropoles. Différentes études scientifiques montrent que la métropolisation « fabrique » de l’exclusion car les plus pauvres sont contraints à habiter loin des villes.

Néanmoins le Pays a su conserver des activités économiques qui offrent des possibilités d’emploi de proximité (limitant l’évolution des communes en cité dortoir).

Nous avons donc un territoire relativement pauvre qui risque d’attirer des populations pauvres, chassées des métropoles. Comment allons-nous les accueillir dans un contexte d’incertitude quant à l’évolution des ressources financières des collectivités locales ?

Le 3e défi est productif et intergénérationnel.

Le Pays de Châteaubriant se caractérise par l’importance de l’agriculture et de l’industrie. Or, ces deux activités sont particulièrement touchées par la crise d’où un défi en matière d’emploi.

Autre défi, dont on ne parle pas assez, celui du vieillissement ou plutôt du déficit de classe d’age lié au papy-boom. Si l’on regarde le niveau des pensions et retraites dans le Pays de Châteaubriant, il est quasiment le plus faible de Bretagne. Nous allons donc vers une paupérisation des personnes âgées.

Face à ces 3 défis, le Pays de Châteaubriant dispose de leviers importants pour éviter les scenarii les plus sombres.

B – Les atouts du territoire

Le premier point, c’est l’importance clé des activités économiques.
L’industrie agro-alimentaire et l’agriculture sont aussi représentées sur le Pays de Châteaubriant. Pour créer de nouvelles richesses issues de l’agriculture, une piste est à développer, la méthanisation. En effet, actuellement il n’y a que 4 projets en Bretagne, dont celui de Châteaubriant.

Autre point important, il faut garder le tissu de PME et PMI installé dans les zones industrielles du Pays. Il importe de faire attention au leurre d’une économie de la redistribution (qui mise sur l’accueil de retraités…).

Une seconde piste consiste à animer le tissu économique local. Dans toute l’histoire de l’humanité, on a observé que chaque fois que l’énergie est chère, le périmètre de vie des gens se réduit. Les gens vont donc être obligés de fonctionner avec plus de liens sociaux et économiques de proximité. Le PER [2] du Pays de Châteaubriant qui accompagne l’installation de chaudières à bois constitue un bon exemple. Tous les territoires ont des ressources. Il importe de s’interroger sur ce que l’on a sous nos pieds pour développer une économie de proximité. Mais il est tout de même nécessaire de garder de la production à exporter, en volume suffisant pour limiter les coûts.

La 3e piste majeure est l’affirmation de l’échelon Pays qui est le territoire de la vie des gens et qui a l’avantage de valoriser une capacité à travailler ensemble. Le territoire doit par ailleurs conserver son image rurale, qui, loin d’être péjorative, doit être valorisée car la citoyenneté y est plus développée qu’en ville.

Le Pays de Châteaubriant, pour pouvoir évoluer, doit être en capacité de s’ouvrir aux autres. Les acteurs locaux doivent mettre en place des veilles pour repérer les innovations et les intégrer, en les adaptant au territoire.

Pour Jean Ollivro, le développement durable comprend non pas 3 mais 6 piliers : l’économique, le social, l’environnemental et la citoyenneté, la gouvernance, le territoire.

C – Les stratégies possibles

Jean Ollivro présente 4 stratégies possibles pour l’avenir.

1 – « Au vrai Gaillard »
Il correspond à la redécouverte des stratégies d’itinérance, à l’image des camionnettes qui vont vers les populations. Il s’agit aujourd’hui par exemple de dépannage informatique, de coiffeur à domicile… Ce type d’activité est en progression, tant dans le secteur public que privé, conséquence de l’augmentation du coût de l’énergie et du vieillissement de la population. Concrètement donc :
Il est possible de favoriser le maintien à domicile des personnes âgées ;
Des logiciels permettent l’optimisation des déplacements des professionnels.

2 – « Du coté de chez Swann »
Ce second scénario se base sur la redécouverte d’un urbanisme basé sur la mixité emploi – logement – services afin d’éviter les déplacements.

Favoriser l’économie de proximité c’est aussi ne pas dénaturer le Pays et conserver son cachet, facteur positif pour le tourisme et l’attractivité en général.

3 – « Bouger pour s’en sortir »Il s’agit là d’une augmentation des liaisons entre pôles (augmentation des fréquences des transports collectifs) pour favoriser les échanges.

4 – « Tous aux abris »
La mobilité n’est pas toujours un plaisir, il s’agit donc de limiter les déplacements, pour des raisons économiques et sociales. Il est possible de :
Faire ses formalités administratives sans avoir à se déplacer ;
Mutualiser les actions ;
Partager des maisons entre différentes générations (par exemple la personne âgée au rez-de-chaussée et un jeune à l’étage), ainsi les coûts (tant économiques que sociaux) sont réduits.
Sensibiliser les entreprises du bâtiment aux aménagements liés au vieillissement de la population, toujours pour favoriser le maintien à domicile.

Conclusion

Jean Ollivro lance le débat sur les 6 piliers du développement durable, en présentant une hélice vertueuse, partant du citoyen pour bâtir un projet de territoire.

Le cercle vertueux. Source : Jean Ollivro

Bien sûr, le mouvement circulaire n’est pas exclusif, ainsi le citoyen peut agir directement sur le social, …

Il invite les acteurs du territoire à inventer des solutions pour que le Pays conserve son identité et ne devienne pas un territoire sous tutelle de Nantes ou de Rennes…

 

Synthèse du débat qui a suivi la conférence de Jean Ollivro, le 9 décembre 2009

Transports – mobilité

Quelques une des questions posées :

Quelle est votre analyse concernant l’arrivée du tram train, l’aéroport et les enjeux énergétiques ?
Ne faudrait-il pas développer le réseau routier pour désenclaver le Pays ?
Lorsqu’on développe les transports, est-ce pour que les gens aillent travailler dans les grands centres ou pour développer le travail localement ?

Constats

Tout miser sur le réseau routier est remis en question. Il favorise généralement le pouvoir des plus grands pôles et la congestion des métropoles. Aujourd’hui, on estime que le levier d’action est d’agir sur le territoire.
La facilitation de la mobilité doit être facteur de développement du Pays, il importe de veiller à ne pas devenir un ensemble de « cités dortoirs ».
L’amélioration des transports publics constitue un investissement produisant du pouvoir d’achat aux habitants.

Pistes

Les stratégies d’accompagnement des grands projets sont primordiales. Il faut être attentif au service rendu réellement, de manière à rester un territoire vivant (non sous tutelle). La mise en place du SCOT sera une opportunité d’y réfléchir.
Concrètement, les améliorations concernent l’augmentation des cadences entre pôles, elle passe par une harmonisation entre les modes de transport (par exemple tram-train et cars). L’organisation d’un système de rabattement des zones plus isolées vers les « stations » (bus ou gares) complète le dispositif. L’optimisation de l’utilisation des cars scolaires peut être améliorée en élargissant le public et les services.
Suite à l’arrivée de l’aéroport, la présence de camions risque d’augmenter. Une planification des transports de marchandises doit être définie par le Pays (cadencement, passage d’un mode de transport à un autre…) car il a une carte à jouer pour à la fois limiter les nuisances et tirer des bénéfices.
En matière économique, il existe un potentiel de marchés nouveaux pour les entreprises locales du fait de la différence de coûts (salaires, loyers… plus compétitifs que dans les métropoles). Une réflexion sur le choix des activités à mettre à proximité des gares doit être menée pour favoriser cette orientation.

Agriculture

Questions :

Le modèle actuel est très consommateur de calories de pétrole, or avec le développement de la Chine, nous allons vers une explosion du prix du baril. Une conséquence prévisible est l’apparition d’émeutes de la faim, notamment dans les grandes villes, même en occident. Quelles actions envisager au niveau local ?
En Bretagne, on produit beaucoup mais on fait très peu de valeur ajoutée. En parallèle, notre première richesse c’est le capital humain. Que faire pour améliorer la situation ?

Constats

Tous les intervenants ont rappelé l’importance de l’agriculture dans le Pays.
La maîtrise de l’artificialisation des terres constitue un enjeu important pour l’agriculture.
La concentration des exploitations agricoles montre ses limites (vie sociale, production de masse …).

Pistes

Nous allons vers des mutuelles agricoles diversifiées (agriculture, énergie, agrotourisme).
Si on souhaite faire société en milieu rural, on sera obligé d’arrêter de concentrer les exploitations.
Nous avons un potentiel d’augmentation de la valeur ajoutée, en développant des produits terroirs, alicaments… Le développement des circuits courts coexistant avec l’exportation de produits transformés sont aussi à développer.

Démographie

Question :

Comment accompagner le vieillissement de la population qui semble inéluctable dans tous les territoires ?

Constats

Le vieillissement de la population est un fait national, les politiques ne s’en préoccupent pas suffisamment au regard de l’ampleur que ce phénomène va prendre et des conséquences à venir.
Localement, les retraites et pensions sur le Pays sont les plus faibles de Bretagne.

Pistes

Le territoire est riche d’un tissu associatif qu’il faut préserver. Il importe aussi de développer les relations intergénérationnelles (habitat partagé, …).
Le maintien des activités économiques dans le Pays est essentiel vu les interrogations sur les ressources des collectivités publiques.

Territoire – Pays

Questions :

Vous parlez de la chute à venir des grandes métropoles, mais en quoi le tissu des petites villes rurales serait plus en capacité de s’adapter que les métropoles qui disposent par exemple de services de transports publics performants ?
Comment réussir à développer la citoyenneté sur un territoire ? Peut-on la mesurer ?

Constats

La densification urbaine pose aujourd’hui le problème de l’accès aux ressources de base. La métropole offre peu de ressources aux plus démunis.
Un moyen d’éviter la mise sous tutelle par les métropoles (situation en 3e ou 4e couronne), réside dans la présence d’activités économiques sur le territoire.
Vu l’importance de la production agricole, il faut veiller à la gestion du foncier afin de maintenir le potentiel de production.
La vie sociale en milieu rural est particulièrement développée (bénévolat…).

Pistes

Aujourd’hui, les gens souhaitent être ou aller « quelque part », c’est-à-dire dans un territoire identifiable, d’où l’importance d’avoir un projet de territoire. Le pays a intérêt à rester un centre actif, avoir son identité et ses activités sur place. Pour construire ce projet, il faut faire connaître aux jeunes leur identité et leur culture car ce sont les éléments permettant de « refaire société ». Toujours dans cette quête d’identité, le territoire peut créer ses propres indicateurs de développement, basés sur ce que souhaitent les habitants.
Avec les outils d’aménagement du territoire (PLU et SCOT), il ne faut pas recopier ce qui se fait ailleurs, mais valoriser les éléments de l’identité du Pays. Pour cela, la confrontation d’idées et le débat sont primordiaux, car ils permettent de trouver des solutions concertées.
Avec l’unité de méthanisation prévue dans le cadre du PER, le Pays de Châteaubriant peut, en s’associant et devenant le rouage de ce projet, devenir une vitrine de la Bretagne.
Enfin, avec les aménagements d’envergures prévus (tram-train et aéroport), le Pays pourrait développer une offre dans le domaine de la logistique.

Conclusion

Nous sommes dans une phase de mutation et non de crise.
Souvent les projets modestes sont ceux qui aident le plus les citoyens.
Le Pays a des valeurs qui sont les piliers du développement.

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